BROMO, NewDiv – L'analyse de FO

Rédigé le 15/09/2026

 

Face à un déclin accéléré,
le défi est d’agir vite !

Projets BROMO et NewDiv : l’analyse de FO Airbus Defence and Space

Deux projets majeurs pour l’avenir d’Airbus Defence and Space

BROMO : renforcer l’industrie spatiale européenne

Pour FO cela fait sens, comme une nécessité stratégique pour :

  • Rétablir la souveraineté européenne et française dans le spatial,
  • Concurrencer les géants mondiaux en créant un champion européen, mais sans sacrifier l’emploi, l’innovation ni les intérêts nationaux,
  • Répondre aux enjeux géopolitiques et climatiques notamment.

Le défi : agir vite pour éviter un déclin accéléré.

BROMO peut être un succès, mais seulement si les décisions sont prises rapidement, avec transparence, sur un socle d’ambitions industrielles et sociales.

FO restera vigilante pour défendre l’emploi, l’innovation et la souveraineté européenne et française.

NewDiv : un projet à part entière

Réorganisation de la partie Défense qui restera 100% Airbus, composée principalement d’Air Power et de Connected Intelligence qui inclut Cyber et PSS en plus des équipes DD (Defence Digital).

Pour FO, les interrogations concernent notamment :

  • Rationalisation de la Division comme chez Commercial Aircraft, pour plus d’efficacité. Pourquoi pas, mais attention à la gestion des projets souverains comme le PatMar.
  • Faut-il vraiment avoir peur de la relative petite taille de CI face à Air Power ?

Le PDF de ce tract est disponible en bas.

Vous pouvez utiliser les boutons ci-dessous pour vous rendre directement à la partie qui vous intéresse.

BROMO : FO favorable à un renforcement de l’industrie spatiale en France et en Europe

Ce mercredi 16 septembre est une étape clé dans le projet BROMO puisque pour Airbus, c’est le jour de l’avis final de l’ECADS (comité européen de la Division ADS).

Suite à l’examen attentif du projet, FO reste sur ses analyses et demeure favorable à une consolidation de l’industrie spatiale française et européenne dans une vision industrielle et sociale aussi ambitieuse qu’exigeante.

Agir maintenant ou dépendre demain !

En effet, dès le 3 octobre 2025, soit avant la signature du MoU et le lancement du projet, FO communiquait sa vision de l’avenir de la filière satellites en Europe au travers du Manifeste rédigé par la Fédération FO de la Métallurgie avec l’aide des équipes FO sur le terrain (ADS, TAS et Telespazio).

Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les conflits aux Proche et Moyen-Orient, une compétition technologique et économique accrue, et par les défis de l’urgence climatique, le spatial doit être reconnu comme un pilier de notre souveraineté, de notre sécurité et de notre avenir économique.

Face au constat alarmant d’une Europe et d’une France qui décrochent alors qu’elles figuraient parmi les leaders mondiaux il y a quinze ans, nous constatons qu’elles dépendent désormais de solutions étrangères pour leurs communications critiques et leurs lancements spatiaux.

Chaque retard renforce notre dépendance et affaiblit notre autonomie stratégique.

Pour FO, le sursaut collectif doit s’opérer autour de cinq priorités

1 Une gouvernance européenne claire et efficace
2 Un investissement pérenne, fléché et suffisant pour atteindre la masse critique
3 L’impérieuse nécessité d’assurer la sécurité de la France, de l’Europe et la protection de leurs intérêts stratégiques
4 Un appui fort aux nouveaux modèles économiques et services spatiaux
5 L’intégration du spatial dans les enjeux environnementaux et sociétaux (climat, débris, mobilité), pour générer des gisements de croissance

Dans ce manifeste, FO défendait déjà une ambition spatiale européenne crédible, alliant puissance industrielle, innovation, emploi et durabilité.

Pour FO, l’avenir de la filière satellites (incluant les services) en Europe passe par une nécessaire consolidation pour créer un champion sur le modèle Airbus ou MBDA afin de concurrencer à armes égales les géants américains ou chinois voire d’autres pays dits émergents. Mais pas à n’importe quel prix.

Autrement dit, la question n’est pas tant de savoir s’il faut faire ce projet de consolidation au niveau européen mais plutôt comment le faire. Et notre vision pour le projet BROMO est naturellement largement inspirée de ce manifeste.

Un contexte historiquement porteur sur l’institutionnel et un segment commercial à défendre

Aujourd’hui le marché institutionnel (incluant le militaire qui croît plus vite que le reste, confirmé par les récents contrats dans le renseignement) représente environ les 2/3 des revenus d’Airbus dans le spatial (ce qui est vrai aussi pour Thales). Nous estimons que cette part devrait grimper à environ 80% dans les 10 prochaines années mais sur un marché global en hausse significative.

En d’autres termes, le marché commercial ne va pas nécessairement baisser en absolu mais seulement en relatif. Pour autant, il ne faut pas ignorer cette réalité qui doit guider certains choix de structures ou de stratégies. Mais 20% dans un total, ça pèse. Regardons chez Airbus, c’est le poids cumulé d’ADS et Airbus Helicopters.

Ce sont deux domaines complémentaires aux avions commerciaux dont le groupe a impérativement besoin. Cette vision est comparable à nos yeux, avec l’attention qu’il faut continuer de porter à la partie commerciale, essentiellement le secteur des Telecom dans le spatial, dont la part de produits militaires est aussi en croissance. Par ailleurs, si on regarde la répartition géographique du marché, il est tout aussi important de capter des affaires au niveau national et au niveau européen qu’au niveau grand export.

Une gouvernance institutionnelle claire

Ce projet étant un mécano industriel de grande ampleur, l’organisation de la gouvernance, notamment institutionnelle, est primordiale pour garantir le succès.

L’enjeu est particulièrement important pour gagner le grand export. Le bon sens serait de partir d’un modèle qui fonctionne et qui a fait ses preuves au niveau européen et mondial : celui d’Airbus.

La logique industrielle doit être la priorité. Or la notion de double casquette au sein du futur Comité Exécutif de BROMO permet de conserver une répartition géographique. Cela doit permettre de faciliter l’exécution des projets nationaux (souverains) mais attention à ne pas nuire à la logique industrielle. Ce sera un point de vigilance. Il est également indispensable de définir clairement dans le pacte d’actionnaires les règles qui s’appliqueront en cas de blocage d’un des actionnaires ou plus généralement lorsqu’il n’y a pas consensus sur un choix stratégique.

Cette gouvernance efficiente doit permettre aussi de garantir l’accès aux 3 marchés géographiques: nationaux (et donc français), européen et grand export. Ils sont la clé de la réussite du projet sur le long terme, dans un environnement où le besoin de souveraineté française et européenne est impérieux.

Un effort d’innovation et de R&D
à la hauteur des enjeux du spatial

Les contraintes budgétaires (qu’elles soient internes au groupe ou liées aux marchés institutionnels) auront tendance à accentuer des rationalisations ou optimisations : il ne sera pas acceptable d’être plusieurs à faire la même chose.

Pour autant, l’investissement dans la R&D (que ce soit chez Space Systems ou Space Digital) et plus généralement dans l’innovation technologique est sur ce type de marchés un élément absolument nécessaire pour maintenir l’attractivité de nos produits et services.

D’ailleurs, les usages de nos systèmes perfectionnés génèrent d’eux-mêmes ce besoin d’excellence, que ce soit pour les secours, la science et la surveillance du climat ou de la météo, la géolocalisation ou encore tout le secteur du renseignement et des applications militaires.

Ce besoin de précision, de rapidité et cette diversité de données sont tout à fait indispensables. Sans parler de l’innovation essentielle dans la gestion des débris et des orbites « propres ». Les montants alloués à cette recherche et cette innovation seront donc déterminants pour la réussite du projet BROMO au sein d’un marché en croissance significative.

Cela n’exclut pas d’améliorer la compétitivité en réutilisant les briques de base, chaque fois que cela est possible.

Attirer
Former
Fidéliser

Des équipes d’hommes et de femmes porteurs de compétences qu’il faut conforter, renforcer dans leurs métiers, dans leurs parcours, pour un projet BROMO ambitieux

L’équation RH pour retenir et attirer les compétences clés est simple : proposer un statut social de haut niveau pour remplacer le plus facilement possible les nombreux départs à la retraite qui vont continuer dans les 5 à 10 années à venir, attirer de nouveaux talents pour combler le besoin de ressources lié au business plan ambitieux, et enfin retenir les compétences que le groupe possède déjà. Space Systems voit de nouveau ses effectifs croître ; cette dynamique doit être maintenue, particulièrement en France. Les récents contrats dans les constellations en orbite basse (IRIS² et OneWeb) remportés par ADS (et TAS) sont très encourageants. Ils vont notamment alimenter la ligne de production sur Toulouse.

Pour atteindre les objectifs d’innovation, il faut non seulement conserver les compétences actuelles mais aussi en développer de nouvelles. La politique RH devra donc se concentrer sur l’attrait du spatial qui abrite de très nombreux sujets et centres d’intérêt, avec un package social de haut vol.

Par ailleurs, les vocations d’excellence industrielle et des compétences que nous avons déjà sur nos sites sont la meilleure garantie de pérennité des sites eux-mêmes. À ce titre, le secteur des Telecom est un savoir-faire particulièrement français à préserver. De même que notre expertise sur les constellations, que ce soit en conception, fabrication et en opération.

Il existe également une autre priorité dans ce domaine : développer les filières d’excellence dès la formation puis en accompagnant les startups. Notamment en investissant davantage dans les partenariats avec les écoles voire en créant des écoles au sein de BROMO comme Airbus l’a fait avec les lycées à Toulouse et Méaulte ou encore l’école Cyber.

FO n’oublie pas de rappeler au management que la concurrence s’exerçant sur les compétences s’intensifiera. Il nous faut attirer et fidéliser les meilleurs.

Des interrogations demeurent au niveau business et des sujets importants restent à traiter

De manière macroscopique, le projet BROMO a du sens et il semble logique de consacrer l’énergie et les moyens à bâtir des solutions ensemble, dans un groupe fort, plutôt que de s’entretuer avec des séquelles parfois irréversibles.

Mais nous portons une attention à un certain nombre de points qui, à nos yeux, sont des risques à gérer pour le futur groupe.

Points de vigilance

À COURT TERME

Nous avons demandé (notamment via les courriers et démarches d’IndustriAll Europe) à ce que les salariés soient représentés au Conseil d’Administration de la holding du groupe BROMO (dont le siège sera basé à Toulouse).

Nous avons également demandé de longue date des garanties sur la pérennité des emplois, des compétences et de l’ensemble de nos sites européens sur les premières années d’existence du futur groupe. Les directions des 3 groupes s’y engagent au démarrage de la JV. Nous souhaitons une visibilité plus importante.

La séparation des sites de Toulouse et Elancourt entre BROMO et NewDiv n’est pas sans poser quelques défis, particulièrement pour les équipes FM, Sûreté et Digital.

Sur la région parisienne, la synchronisation des calendriers de construction du nouveau site à Montigny pour New Div, et de rénovation sur Elancourt pour BROMO, avec la séparation physique avant le déménagement vers Montigny, ressemble de plus en plus à un casse-tête.

Au-delà de la difficulté à réaliser tout cela, nous portons notre attention sur nos collègues qui sont extrêmement sollicités.

À LONG TERME

Il existe des doublons entre notamment les équipes INSPIRE de TAS et OneSat d’Airbus sur Toulouse ainsi que dans les fonctions centrales : la mobilité groupe et la croissance prévue peuvent absorber une partie de ce sureffectif mais cela demeure un réel sujet d’inquiétude qu’il convient de mieux dérisquer.

Des projets en cours ou à venir ne donnent pas autant de charges qu’espéré (en France en tout cas), accentué par une orientation de plus en plus de gestionnaires de projets (on ne fait plus nous-même mais on fait faire), dans la partie Services particulièrement.

Nous percevons un manque de visibilité sur le développement et les investissements pour le marché européen et l’export (notamment aux US) qui permettraient pourtant réellement de changer d’échelle.

Des revendications de FO, des premières garanties et clarifications obtenues au niveau social

Au niveau social, nous avons déjà obtenu plusieurs de nos revendications :

  • Mobilités (de et vers BROMO à partir des groupes d’origine et nous avons demandé début septembre d’aller plus loin encore en élargissant le marché du travail interne et donc les mobilités aux 3 groupes).
  • Création d’un comité de groupe au niveau national
  • Création d’un comité européen
  • Transposition des accords de chaque groupe dans les entités nationales pour garantir un statut social initial le temps de la négociation du futur statut, quelle que soit la durée de la négociation, quand bien même la Direction nous a fait part de sa volonté d’avancer rapidement sur ce sujet (pour éviter de tomber dans le syndrome qu’ont connu nos collègues d’Ariane Group pendant 8 ans).
  • Engagement sur l’emploi et les sites au Day-1

Le dialogue social reste à construire et FO prendra toute sa part. Même si nous sommes convaincus que BROMO n’a pas d’autre choix que de proposer un statut social de haut niveau pour retenir les talents et en attirer de nouveaux, FO restera dans sa ligne d’un réformisme exigeant pour atteindre cet objectif.

Enfin, le projet BROMO doit garantir le renforcement de la souveraineté européenne bien sûr, mais aussi et avec la même volonté et la même énergie, la souveraineté française.

En conséquence, FO Airbus Defence and Space (soutenue par sa puissante Fédération de la Métallurgie) estime que ce projet de JV « BROMO » fait sens, avec les réserves détaillées dans ce tract.

En effet, ce projet répond globalement aux priorités que nous avions identifiées dans notre Manifeste du 03 octobre 2025, qui reste plus que jamais d’actualité.

NewDiv — Un projet à part entière

Il s’agit d’une réorganisation de la partie Défense qui restera 100% Airbus, composée principalement d’Air Power et de Connected Intelligence (CI), dont la partie Space Digital est transférée dans BROMO. Air Power, qui regroupe toutes les plateformes volantes militaires (EuroFighter, A400M, A330 MRTT, C295, Eurodrone et les futurs projets) aura son management et ses fonctions transverses intégrées directement au niveau de la Division (comme les avions Commerciaux dans le groupe Airbus).

La partie CI, qui inclut Cyber et PSS en plus des équipes DD (Defence Digital), restera comme aujourd’hui une Business Unit de la Division. Le groupe Airbus investit de manière significative dans la Cyber et l’IA (et s’intéresse au quantique), y compris via le financement du futur site en région parisienne. Concernant Air Power, l’enjeu pour FO est clairement l’empreinte française de l’activité avec notamment le projet PatMar en ligne de mire et la montée en puissance du Combat Cloud (quels que soient le ou les futurs partenaires industriels pour le chasseur de 6e génération).

Au travers de ces ajustements, on décèle bien sûr une optimisation permettant d’améliorer la rentabilité mais aussi un investissement sensible sur les technologies du futur. Cela est nécessaire dans un environnement très favorable pour renforcer la croissance des effectifs.

En dehors de la masse critique, point de salut ?

La question principale concernant NewDiv est le poids prépondérant de Air Power, donc de l’Allemagne et de l’Espagne dans la Division ADS avec en regard, des projets français, dont le PatMar, qui auraient beaucoup d’effectifs et de management non français. Est-ce réaliste, est-ce bon pour les intérêts français ? Nous portons ces questions au management d’Airbus dans nos différents échanges à tous les étages et restons confiants sur le fait que l’État français exigera des lignes rouges pour préserver les intérêts nationaux.

Par ailleurs, il faut regarder la répartition entre Air Power (AP) et CI sous un autre angle : la proportion de parts du marché et le sens de l’activité. Sur ce dernier point, les collègues de CI n’ont pas à rougir des salariés AP : ils peuvent aussi être fiers de contribuer à la sécurité de la France, de l’Europe et même au-delà avec des produits et services qui sauvent des vies. Concernant le pourcentage de parts de marché, CI occupe une place prépondérante, supérieure à celle occupée par AP, comme une entreprise à part entière. Ces 2 activités qui ont des masses différentes chez Airbus sont donc complémentaires et indispensables à la pérennité du groupe. Le poids d’une activité doit se mesurer dans un marché (quantitatif) et sa vocation (qualitatif). CI est donc un atout stratégique pour Airbus malgré sa relative petite taille, autour duquel une croissance organique et externe peut être organisée.

Enfin concernant le marché de niche du renseignement, nous demandons au client étatique de garantir l’emploi en maintenant ses investissements qui garantissent aussi notre souveraineté. Faire partie de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) demeure primordial.

Quelques préoccupations sociales

En effet, certaines fonctions transverses qui restent au sein de la NewDiv mais avec des contrats de service pour BROMO pourraient se retrouver en surcapacité dans quelques années. Ce point est à anticiper dès maintenant.

Concernant le statut social, le transfert juridique des contrats de travail dans la société Airbus Defence SAS nouvellement créée (prévu mi-2027) entraînera de facto la perte du bénéfice des accords et des Instances Représentatives du Personnel. La Direction a déjà fait savoir qu’elle souhaitait organiser au plus tôt des élections pour doter la société d’IRP, de Délégués Syndicaux pour négocier, etc. et que dans la mesure du possible, les accords Groupe seraient applicables dès que la Direction du groupe et les coordinateurs auront validé l’adhésion de cette nouvelle entité au périmètre d’application des accords.

FO sera particulièrement vigilante pour que la continuité du statut social soit mise en place.

Pour FO Airbus Defence and Space, ce projet de réorganisation de la Division ADS paraît pertinent, à condition que les intérêts français (et donc les emplois concernés) soient préservés sur le temps long.




Analyse Bromo - NewDiv 1609 Analyse Bromo - NewDiv 1609